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La thermographie du bâtiment dans l’audit énergétique


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Technique née dans les années 1960, diffusée en recherche et développement puis, dans l’industrie, en maintenance et prévention, la thermographie s’est largement répandue, depuis 2006-2007, auprès des acteurs du bâtiment, propulsée par la préoccupation du réchauffement climatique et la raréfaction des ressources fossiles ; voilà qui induit des actions concertées pour l’amélioration de la performance énergétique et l’exploitation du gisement des économies d’énergie dans l’habitat existant.

Un contexte délétère mais en phase de profonde professionnalisation

Néanmoins, devant l’apparente évidence de ce qu’est une image des températures, la plupart des utilisateurs ont jugé superflu de se former, ce qui les a grandement dévalorisés auprès des donneurs d’ordre, bien vite échaudés par les interprétations fantaisistes qu’on leur soumettait : ainsi, les thermographes professionnels ont été rapidement contournés par les dilettantes à bas coût, eux-mêmes brutalement évacués comme non pertinents et inutiles.

2012 a été l’année d’un premier aboutissement de la professionnalisation des thermographes ; ils atteignent, par une formation éclairée et une certification de compétence, une évidence de niveau supérieur dont l’à-propos technique est circonstancié et incontestable, baigné par l’interrogation avisée et l’imagination féconde : en thermographie du bâtiment, on ne sait pas tout, beaucoup reste à formaliser.

Ce qu’est la thermographie du bâtiment

La caméra thermique est l’outil de la thermographie ; elle met en évidence les irrégularités dans l’isolation thermique de l’enveloppe, identifie les ponts thermiques, détecte les défauts d’étanchéité à l’air, relève les infiltrations d’eau et la présence d’humidité et, plus généralement, pointe du doigt ce qui relève de l’inconfort thermique.

Elle allie la cartographie et la mesure des rayonnements, des déperditions, des températures (apparentes et parfois vraies), ainsi que des nombres en relation avec la performance énergétique du bâti. La caméra thermique est sous le contrôle du thermographe : s’il existe des situations où elle a spontanément raison, nombreux sont les cas où le thermographe aurait tort de la croire.

La thermique, enseignée à un niveau trop simpliste, nécessite d’être détricotée pour que la thermographie puisse s’installer à sa place comme aide à la décision et comme outil de contrôle de la performance énergétique du bâti, en parallèle avec l’infiltrométrie déjà appelée par la RT 2012.

La thermographie, comme l’infiltrométrie, est un outil du réel

La conformité à telle réglementation thermique ou tels DTU ne signifie pas encore la garantie de l’économie d’énergie et du confort. Or, la thermographie n’est pas un calcul conventionnel ou une hypothèse, c’est le constat cartographique de la thermique du réel, tel qu’elle est maintenant, in situ et non sur la table à dessin ou au bureau d’étude. C’est un outil qui parle des déperditions et des températures, qui contribue à valider une part de la conception, une part des calculs, une part de la mise en œuvre. Avec sa sœur l’infiltrométrie, mise à l’honneur par la RT 2012, la thermographie deviendra aussi un outil de contrôle incontournable, quand la formalisation quantitative aura pleinement abouti et quand les freins au contrôle indépendant auront cédé face à une réglementation de plus en plus sévère. Concevoir, calculer, réaliser, contrôler et mesurer : B-A-BA.

Mise en garde

Par essence, la thermographie du bâtiment est trompeuse, mais pire encore, elle est dangereuse pour qui n’a pas intégré que le bâtiment est une machine thermique dans un environnement évolutif : on trouvera des images thermiques très aisées à comprendre et à interpréter. Mais quel que soit le bâtiment, la thermographie produit immanquablement des images dont la compréhension et l’interprétation nécessitent des savoirs spécifiques qui ne s’acquièrent qu’auprès de formateurs expérimentés. Attention donc, si, en thermographie, il y a des vérités et des illusions, il en est de même pour l’internet, la presse, les fournisseurs et les centres de formation.

L’entrée en matière des bureaux d’études thermiques

Aujourd’hui, il n’est plus anecdotique que l’ingénieur thermicien du bureau d’étude, sollicité par un maître d’ouvrage pour un audit énergétique ou une étude thermique, propose une thermographie dans son offre. Mais il ne s’agit, la plupart du temps, que d’une cerise sur le gâteau, manifestant accessoirement que le BE dispose de moyens illustratifs et… souvent gracieux. Cette cerise n’est pas valorisée à sa juste valeur puisque l’ingénieur, presque toujours non ou mal formé à cette technique qu’il croit comprendre – la thermographie n’est-elle pas parfaitement évidente (!) – ne sait pas en tirer parti ni vendre cette prestation non encore imposée par la réglementation.

D’ailleurs le donneur d’ordre n’a pas non plus de compétence en la matière et s’interroge sur :

  • l’intérêt de la thermographie – ne s’en est-on pas passé jusqu’ici ?
  • la nécessité de la payer – non obligatoire, n’est-il pas normal qu’elle soit proposée gracieusement !

Dans ce contexte indigent, cette puissante technique pourra-t-elle porter ses fruits, l’ingénieur y consacrera-t-il le temps nécessaire, ne sent-il pas que son rapport – du reste illisible – ne sera pas même considéré, cela vaut-il la peine de dépenser pour se former ? Pour qu’un constat plus heureux se dessine, il faudra un nouvel élan des acteurs de part et d’autre, ainsi qu’une approche plus professionnelle avec démonstration à la clé.

L’importance de l’indépendance des mesureurs

La notion d’offre globale de travaux doit être comprise pour être opérante ; elle ne doit pas provoquer la confusion des genres : juge et partie. Ainsi, l’AMO, le contrôle à réception ou le conseil, doivent impérativement rester distincts des entreprises de conception et d’exécution. L’autocontrôle fait par l’artisan ou la démonstration incitative n’ont d’autre valeur que… commerciale. L’audit énergétique ou l’étude thermique ne doivent pas faire partie de l’offre globale de travaux sous peine d’autosatisfaction, de conflit d’intérêt voire d’incongruité ou de non-pertinence. Enfin, une AMO est plus que fortement conseillée pour les travaux de copropriété où généralement les compétences en matière de performance énergétique sont minimales.

En quoi la thermographie s’insère-t-elle dans le processus de l’audit énergétique ?

L’audit énergétique (de même que le DPE ou l’étude thermique) comprend une phase de calcul qui ne prend pas en compte les défauts localisés de la construction : le calcul est dit conventionnel. Or, plus l’enveloppe du bâti est performante, et plus les défauts localisés ont de conséquence sur sa performance énergétique, au point que l’on peut dire que l’enveloppe de la maison passive ne souffre plus que de ses défauts localisés.

L’audit énergétique comprend aussi des phases du réel :

  • une enquête d’évaluation de la consommation et du confort thermique ;
  • une visite de logements ;
  • des propositions de travaux.

Pourvu qu’ils aient lieu à un instant permettant l’observation de la performance énergétique, l’enquête ainsi que la visite incorporeront utilement la thermographie :

pour comprendre et prendre en compte la réalité de l’enveloppe avant de corriger le calcul ;

comme preuve illustrative et convaincante des diverses causes d’inconfort, causes imputables :

  • à la conception du bâti ;
  • aux détails de sa réalisation ;
  • à l’implantation, à l’état et au réglage des équipements ;
  • au mode de vie…
  • comme outil d’aide à la décision lors de la définition et de la hiérarchisation des travaux proposés.

En quoi la thermographie s’insère-t-elle dans le processus de réception des travaux ?

La réception des travaux en collaboration avec un mesureur doit déjà être inscrite au stade de la préconisation des travaux : l’infiltrométrie et la thermographie sont des techniques impératives de contrôle incluses dans la réception. Ce contrôle a un coût, à intégrer aux propositions. Par thermographie, la réception a lieu quand les conditions d’emploi de la technique sont réunies, ce qui n’est pas souvent possible en stade de la réception classique. Il faut donc y penser durant l’année de garantie de parfait achèvement : les réserves à la réception classique diront donc que la performance énergétique sera observée par thermographie, à telle date et dans la mesure où l’hiver le permet. Au-delà, on entre dans le délai de la garantie décennale.

Le contrôle par thermographie à réception comprend toutes les applications habituelles de la technique.

Il va falloir s’y faire : les maîtres d’œuvre commencent à employer la thermographie (même à mauvais escient et sans la comprendre, comme un outil flou de père fouettard). C’est un début. D’autres y ont renoncé puisqu’ils ont fait appel au moins disant qui en a dit… le moins possible. Et il est alors considéré que la thermographie n’a rien à dire, alors qu’il aurait suffi de payer un thermographe certifié… à sa juste valeur.

Une voie d’avenir ? La correction des calculs conventionnels par le Seid

Comment appliquer une correction au calcul conventionnel en fonction des irrégularités et des défauts de l’enveloppe ? Si l’audit se basait sur la norme NF 12831 (ce qui est le cas de l’étude thermique), les détails de l’enveloppe (irrégularités) seraient pris en compte ; mais les défauts de l’enveloppe (défauts de conception ou de réalisation, défauts apparus au cours du temps) ne sont jamais considérés. La norme applicative de thermographie NF 13187 décrit la détection qualitative des irrégularités sur l’enveloppe, mais distingue ensuite irrégularité (normale) et défaut (anormal) puis elle demande de définir l’importance des défauts, sans donner de piste à cette quantification ! Depuis lors, un nouveau paramètre a été introduit, le Seid ou Surface Equivalente d’Irrégularité et de Défaut : il permet de quantifier les irrégularité et les défauts en terme d’équivalence de surface saine :

l’enveloppe voit ainsi sa surface de déperdition augmenter par rapport au strict calcul surfacique. L’intérêt de cette nouvelle notion, présentée au colloque CETE de l’Ouest-CSTB en janvier 2011 (http://www.cstb.fr/actualites/dossiers/batiments-basse-consommation-quelles-performances.html) n’a pas encore excité les décideurs des organismes. Nous leur disons : qu’ils s’en emparent, la développent et définissent son champ d’application. Le Seid permettra de corriger les calculs conventionnels.

Un bel exemple à améliorer, renouveler, amplifier

L’hiver 2012-2013, un grand bailleur social a diffusé 40 appels d’offre de thermographie sur la base de trois documents établis par un ingénieur thermicien formé et en liaison avec l’association des thermographes professionnels, l’Institut de la Thermographie. Mais les donneurs d’ordre locaux n’ont pas tous suivi les recommandations détaillées et motivées dans ces documents. Les résultats sont très clairs : retenir le moins disant, sans tenir compte des recommandations, signifie obtenir un rapport de mauvaise qualité, inconsistant ou erroné. Suivre les recommandations a abouti à des coûts supérieurs pour un rapport circonstancié, élaboré et pertinent. Et de tels rapports ne peuvent être rédigés que par des intervenants solidement formés ou certifiés (… Cofrac). Si les rapports avaient été notés sur 20, la fréquence des notes donnerait deux maxima, l’un à 3/20 (ce que l’on ne devrait pas même payer – intervenants non formés, non certifiés) et l’autre à 18/20 (ce qui est simplement correct et attendu – intervenants solidement formés ou certifiés). Voilà qui valide le principe-même des fameux documents : ils ont été rédigés dans l’optique d’en finir avec l’amateurisme à la fois des donneurs d’ordre inconscients et des thermographes équivoques.

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